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Bref historique de la Société de Philosophie de Bordeaux

Les textes qui suivent sont tirés de l'historique de la société établi par André Bord en 2002 publié avec la concours de l'Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3.

Naissance de la Société de Philosophie de Bordeaux 1927-1939, Par Maurice Dupuy, président de la Société de Philosophie de Bordeaux de 1970 à 1975

En 1927, dans les derniers mois de l’année, l’abbé Lacaze prit l’initiative, avec l’assentiment de MM. André Darbon et Henri Daudin, professeurs de philosophie à la Faculté des Lettres de Bordeaux, d’organiser des réunions où se rencontreraient ceux et celles qu’intéressaient les questions philosophiques. M. Gaston Richard, professeur de philosophie à la Faculté approuva. Emile Duprat, professeur de philosophie en Première Supérieure au Lycée Montaigne, vint régulièrement aux séances. L’assistance comprenait en outre quelques étudiants de philosophie, préparant la licence ou l’agrégation Mlle Darbon (devenue Mme Lagarce), nièce de M. Darbon; Mlle Gauclère ; Mlle Anne-Marie Borda ; Mlle Duprat (devenue Mme Papy), Pierre Picon, Maurice Dupuy. La Société s’ouvrit également à d’autres personnalités le professeur Mauriac, futur Doyen de la Faculté de Médecine, M. de Follin, ingénieur des Ponts et Chaussées, M. et Mme Régis de Vibray, Mme de Boisroger, M. Blanc, M. Jean Boissarie, etc...
Les réunions avaient lieu le soir tous les quinze jours chez l’abbé Lacaze, dans un grand salon où regnait un piano à queue. Elles étaient consacrées soit à l’étude d’ouvrages récemment parus, soit à un thème présenté par l’un des participants.
C’est ainsi que l’ouvrage paru en 1924 de Jean Baruzi Saint Jean de la Croix et le problème de l‘expérience mystique fut longuement l’objet d’exposés et de réflexions critiques. La Société s’attacha ensuite à des oeuvres bien différentes : par exemple à La trahison des clercs, de Julien Benda (1927). L’ouvrage de Charles Blondel, Introduction à la psychologie collective (1928) retint aussi l’attention. Parmi les questions traitées indépendamment d’ouvrages déterminés, on peut retenir une étude sur la croyance, des exposés sur le sentiment esthétique; illustrés parfois des interventions au piano de l’abbé Lacaze. Une communication faite par M. Darbon en décembre 1929 "Le Monde souffre d’un manque de foi en une vérité transcendante" (Renouvier) a été publiée en appendice de l’ouvrage de M. Darbon : Une philosophie de l’expérience, PUF, 1946, p. 245. Ces exemples donnent une idée du travail de la Société en ces années initiales. L’effectif des présents se montait à une vingtaine de personnes. L’abbé Lacaze dirigeait avec souplesse les discussions, les agrémentant de saillies qui fusaient souvent malgré lui.
La société accueillit des hôtes d’exception: M. Emile Bréhier, professeur à la Sorbonne, M. Eugenio d’Ors, membre de l’Académie espagnole, M. Arthur Fontaine, Directeur au Ministère du Travail. Vers 1930, les réunions furent tenues dans les bureaux de M. Jean Boissarie, l’une d’entre elles eut lieu chez M. Darbon. Puis M. le Doyen Cirot mit une salle de la Faculté des lettres à la disposition de la Société.

Après la guerre : Naissance du "Bulletin" et Présidence de René Lacroze, 1945-1956, par Suzanne Damiens, Professeur Honoraire de Philosophie du Lycée Camille Jullian de Bordeaux

Après une longue interruption correspondant aux années de guerre et d’occupation, la Société de Philosophie de Bordeaux a repris son activité, au cours de l’hiver 1944-45, sur l’initiative de M. l’abbé Lacaze et de M. le Professeur Léon.
En novembre 1945, il fut décidé de donner une existence officielle à la Société et d’organiser cinq réunions de ses membres au cours de l’année scolaire 1945-1946. La Société de Philosophie de Bordeaux fut déclarée à la Préfecture le 9 novembre 1946 ; déclaration publiée au J.O. le 26 novembre 1956. Le 15 décembre 1945, à 16h.30, une séance inaugurale groupait une cinquantaine d’assistants dans l’amphithéâtre Alline de la Faculté des Lettres de Bordeaux pour entendre un exposé de M. le professeur Joseph Moreau. Une nouvelle déclaration à la Préfecture fut faite le 26 janvier 1984 et publiée au J.O. le 12 février 1984.
La période où René Lacroze fut Président de la Société de Philosophie donna lieu à Ia parution de 53 numéros du Bulletin de La Société. La préoccupation du Président Lacroze était d’assurer à la Société la plus large audience dans la cité et d’y attirer les personnalités cultivées tout en rendant ces manifestations utiles aux philosophes de profession. Eurent l’occasion de s’exprimer, le Docteur Caussimon, Robert Weill spécialiste de biologie générale à l Faculté des Sciences, Pierre Grimal, professeur de latin-grec, le R.P. Sclafert, le Doyen Yves Renouard, Le Chanoine Lacaze, M. Pisot, professeur à La Faculté des Sciences, G. Hahn, Directeur de l’Université d’été d’Ustaritz. Les séances attiraient jusqu’à des personnalités du grand commerce girondin, tel M. Cruse.
Un autre souci du Président fut de faire participer des personnalités de l’étranger : le Professeur Caplow, de Minnesota, le Professeur Wiener, du City College de New York, M. Delfgaaum, Privat-Docent d’Amsterdam; M. Jacomo Baldini, Lecteur d’italien à Bordeaux, M. Arnaldez, spécialiste de questions musulmanes ; Michen Sciacca, ami de J. Moreau, vint à plusieurs reprises. Le Président fit appeL à des notabilités d’autres universités : le Doyen Davy, de La Sorbonne, H. Gouhier, Ferdinand Alquié, Morot-Sir, Stoetzel, Georges Bastide, Doyen de La Faculté de Toulouse et son collègue : Blanché ; Gaston Berger, d’Aix-Marseille, M. Pucelle de Poitiers.
Un des temps forts fut, en 1950, l’organisation à Bordeaux du Vème Congrès des Sociétés de Philosophie de Langue française. Les conférences ont été réunies dans Le no 25 (août 1950) du Bulletin de La Société. Manque la remarquable conference donnée par H. Gouhier sur Maine de Biran, prononcée à Bergerac dans la propriété du Philosophe bergeracois, à Grateloup.

Bilan de la présidence de Joseph Moreau (1957-1962), par Joseph Moreau, Professeur honoraire de la Faculté de Lettres de Bordeaux (1900-1988)

Au cours des années 1957-1962, sous La présidence du Professeur Joseph Moreau, la S.P.B. a eu Le privilège d’accueillir deux maîtres de renom international, Mgr. Jean Zaragueta, Directeur de l’Institut Luis Vivés, de Madrid, et le professeur Felice Battaglia, de l’Université de Bologne, qui nous ont entretenus de leurs thèmes de prédilection respectifs, l’un des catégories du réel, l’autre de la valeur dans I’histoire . D’autre part, La Société a fait appel à deux spécialistes de la philosophie sociale et politique, M. François Bourricaud, notre ancien collègue de La Faculté des Lettres, et M. Jacques Ellul, dont La notoriété illustre notre Faculté de Droit. Elle s’est assurée aussi le concours d’autres spécialistes de diverses disciplines, de la philosophie du langage (M. Paul Burguière, de La Faculté des lettres), des études germaniques (M. Marache) et des études anciennes (M. Alain Michel, aujourd’hui professeur à la Sorbonne) ; tous les trois ont traité de sujets relatifs à l’esthétique à laquelle se rapportait également la communication d’un jeune philosophe de notre Faculté, Jean-Marie Pontévia.
L’histoire de la philosophie a été représentée par la communication de M. ALain Guy (Toulouse) sur Le médecin espagnol de la renaissance, Jean Huerte, de M. Marcel Méry (Aix) sur Schopenhauer, de J.P. Abribat (Bordeaux) sur Fichte. A cette série, il faut rattacher La contribution de M. Jean Mesnard, Le maître incontesté des études pascaliennes.
Dans le domaine spécifiquement philosophique, nous avons entendu M. Gérard Grand, sur l'Esthétique transcendantale, et le président J. Moreau sur l’intentionnalité dans la philosophie classique ; dans celui de la psychologie et de l’anthropologie, M. Daniel Cormier (Bordeaux) et le professeur Michel Navratil (Montpellier) ; sur les rapports de la pensée religieuse avec la philosophie, nous avons recueilli les propos du R.P. Cartier sur Maurice Blondel, et de Madame Jacques sur Karl Barth.
Un exposé plus technique, concernant la philosophie des sciences, a été présenté par M. Boudot (Bordeaux), et une vue brillante de philosophie et d’actualité par M. Pierre Mesnard, Directeur de l’Institut d’études supérieures de La Renaissance à Tours, sous le titre : Sagesse 1960.
La Société de Philosophie de Bordeaux a réussi, durant cette periode, à demeurer un centre actif de réflexion, ouvert à des apports extérieurs, recueillant des informations variées, puisant à des sources d’inspiration diverses, au profit d’une méditation s’exerçant sur des bases élargies, nourrie d’expériences plus riches, tout en évitant la dispersion intellectuelle, la pente de la facilité, les séductions des curiosités empiriques.

Bilan de la présidence de Guy Durand (1963-1970)
Par Guy durand, Professeur hohraire de Lettres supérieures au Lycée Michel de Montaigne de Bordeaux

Elu en 1963, j’ai assumé la charge et les difficultés, mais aussi reçu les honneurs et les joies de la Présidence de la Société de Philosophie de Bordeaux pendant sept ans.
Professeur de Philosophie en Premiere Supérieure, j’ai pu remplir cette fonction, grâce à l’aide précieuse de M. Joseph Moreau et d’un groupe de collaborateurs constituant le Bureau: Mlle Damiens, MM. Boudot, Houot, Fraisse, Pessel et des étudiants.
Pendant ce septennat, j’ai eu la tristesse de représenter notre Société aux obsèques de son fondateur, le Chanoine Lacaze et de M. Jean Samazeuilh.
Au nombre des succès, je mentionnerai la venue de membres éminents de l’Institut, de Professeurs des Universités de France et de l’Etranger ainsi que de l’Université de Bordeaux. J’ai voulu aussi donner La parole à des conférenciers moins connus, à de jeunes professeurs. J’ai voulu faire entendre des savants biologistes, psychologues, sociologues, etc... J’ai voulu, dans la mesure du possible, que toutes les opinions religieuses, métaphysiques ou autres (mais non les politiques comme telles) puissent s’exprimer. Un théologien protestant et un théologien catholique sont venus. J’ai invite un athée notoire, mais j’ai essuyé un refus. Jusqu’en 1968, ce fut une tâche relativement agréable et facile.
Puis est venue La “révolution culturelle’ des années 67-69, dont le premier résultat fat la mise en veilleuse des activités culturelles. Une seule séance en 68-69. Que devenait la philosophie lorsqu’elle était réduite à Marcuse ? La tourmente s’apaisant il a fallu faire démarrer à nouveau nos activités. Un tract fut diffusé la Société de Philosophic de Bordeaux n’entend pas rester un cercle fermé pour les professeurs de philosophie... Elle est un terrain de rencontre avec tous les esprits ouverts de La cité. Etudiants en Philosophie, à vous aussi de lui apporter votre dynamisme...
En quittant Bordeaux en 1970, j’ai eu la grande satisfaction de voir revivre notre Société, avec Le Président Maurice Dupuy, Mesdames Damiens et Brykmann, MM. Fraisse, Gélibert, Houot et de Rinsquesen.